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Divagations numériques

Le 26/06/2007 à 17:28

Retrouvez au fil des pages de cette rubrique différents débats d’idées informatiques.

Avis aux non initiés: risques d’indigestion force 7 à 8, vent de nord ouest sur zone. Aggravation en fin de soirée.

Le chemin vers du matériel libre de toute restriction

Comment les fabriquants de matériel peuvent aider la communauté du logiciel libre

Par Justin Baugh et Ward Vandewege
Senior systems administrators
Free Software Foundation
February 2007

Traduction Léo Studer

Introduction

Le marché du matériel informatique évolue constamment vers un écosystème plus standardisé, basé sur du matériel libre de restrictions. Dès à présent, les plus petits vendeurs améliorent leurs ventes en s’assurant que leur matériel fonctionne de façon optimale avec les logiciels libres, et que leurs drivers soient facilement mis à jour et améliorables. Les grands comptes de l’industrie ont pu réaliser l’avantage de ce type de démarche sur le marché des serveurs, mais doivent encore prendre le même engagement pour le matériel grand public.

Les constructeurs qui comprennent cette évolution vont récolter les bénéfices de leur investissement dans la communauté du logiciel libre. Ceux qui ne le comprennent pas perdront des parts de marché au profit de concurrents plus agiles.

Drivers logiciels libres

Aujourd’hui, un des problèmes principaux pour la communauté du logiciel libre est le manque de drivers logiciels libres pour le matériel générique. Des percées significatives ont été réalisées dans la bataille pour doter GNU/Linux des drivers adéquats, que ce soit par accord tacite avec les constructeurs, ou par un procédé pénible d’analyse inverse. Deux citadelles de drivers fermés restent imprégnables: celle des interfaces de réseau sans fil, et celle des cartes vidéos. Il existe une large demande de la communauté concernant l’obtention de drivers libres pour tout matériel disponible. (La pétition Drivers Libres à destination des constructeurs cumule 5000 signatures à l’heure actuelle.)

Presque toutes les cartes (et interfaces usb) réseau sans fil nécessitent soit un micrologiciel binaire chargé par un driver logiciel libre, soit l’utilisation des drivers Windows chargés à l’aide d’une émulation logicielle libre (Ndiswrapper). Ndiswrapper est une perte inutile de cycles processeur. Les drivers binaires qu’il utilise sont souvent de faible qualité, ce qui peut entrainer instabilités et migraines de compatibilité.

La plupart des cartes vidéos ne seront employables à leur plein potentiel sans un driver binaire, surtout pour les applications 3D.

On retrouve les problèmes habituels des logiciels propriétaires. Les bugs dans les drivers propriétaires peuvent entrainer des failles de sécurité dans le système lui même, qui ne peuvent être corrigées sans l’intervention du constructeur. Les bugs trouvés par la communauté peuvent voir des mois passer avant d’être adressés—s’ils le sont un jour. Les constructeurs ignorent fréquemment les soucis des utilisateurs qui ont déjà acheté leur matériel. Par exemple, dans le cas des drivers NVidia, il y a plusieurs failles critiques de sécurité qui sont restées inchangées pendant bien trop longtemps.

Le matériel qui nécessite un micrologiciel binaire dans un emballage logiciel libre ne font que contourner le problème en placant toute intelligence dans une boite noire que les utilisateurs ne peuvent ouvrir. Ce n’est qu’écrans de fumée — cela donne l’impression que le vendeur du matériel respecte la liberté alors que les préoccupations de la communauté restent marginalisés.

Comment les fabriquants de matériel peuvent-ils aider ?

  • Les fabriquants de matériel pourraient exiger que des documentations techniques bas niveau complètes soient disponibles pour les composants qu’ils utilisent dans leurs produits. Cette documentation devrait être mise à disposition sans restrictions, comme l’usage le voulait jusqu’à il y a peu.
  • Les fabriquants pourraient encourager le développement de drivers logiciels libres pour leur matériel, que ce soit en écrivant les drivers eux même ou en aidant les efforts de développement de la communauté.
  • Les fabriquants pourraient travailler avec la communauté afin d’inclure ces drivers dans les versions standards du noyau, Linux. Cela rendrait la mise à jour et la maintenance des drivers beaucoup plus facile pour les développeurs et pour les utilisateurs.

Comment cela améliorerait-il la situation d’un fabriquant ?

Le matériel qui est bien documenté et supporté par des drivers logiciels libres sera significativement plus utile, que ce soit pour les membres de la communauté du logiciel libre, ou pour le grand public. Une réputation pour un matériel libre de restrictions équivaut à des revues de presse positives, une image de marque plus forte et de meilleures ventes. (Dans un sondage réalisé auprès de 1800 jeunes, fait par Cone Inc. et AMP Insights, deux entreprises de markéting basées à Boston, 89% des sondés ont déclaré être prêts à changer de marque au bénéfice d’une entreprise associée à une bonne cause. Chroniques de Philanthropie, 2006.11.09, Peter Panepento.)

Respecter la liberté des utilisateurs est la marque d’une entreprise éthique. (Le logiciel libre est une affaire de libertés: les gens devraient pouvoir être libres d’utiliser un logiciel de toutes les manières socialement utiles. Cf. http://www.gnu.org/philosophy/.)

Verrouillage des BIOS propriétaires

Il y a certains problèmes sérieux concernant les BIOS propriétaires habituellement installés sur le matériel des grands fabriquants. Deux des plus évidents sont:

Le vérouillage sur l’utilisation des cartes minipci sur les ordinateurs portables.

Plusieurs fabriquants majeurs utilisent du code dans leurs BIOS pour vérouiller les ports minipci (qui sont naturellement complètement ouverts) sur leurs machines afin qu’elles n’acceptent que quelques de cartes d’extension approuvées. C’est un problème majeur, surtout par ce que ces cartes pré-approuvées sont souvent fabriquées par des vendeurs hostiles au logiciel libre, comme Broadcom.

La désactivation de la fonctionnalité de virtualisation matérielle sur les processeurs modernes

Il a été rapporté que certaines machines dotées de processeurs prenant en charge la virtualisation matérielle voient ces capacités désactivées dans le BIOS propriétaire. Un fabriquant a déclaré que la virtualisation n’avait pas été testée sur son produit, raison pour laquelle cette fonctionnalité avait été désactivée. (Cf. Business support forums
- nw8440 - VT disabled in bios,
http://lnk4.us/za3D.)

Il n’y a aucun intérêt à ce que les fabriquants de carte-mère continuent à imposer de telles restrictions.

Comment les fabriquants de matériel peuvent-ils aider ?

Les fabriquants ne devraient pas délibérément amputer leur matériel via des verrouillages du BIOS ou des DRM dans le BIOS.

Comment cela améliorerait-il la situation d’un fabriquant ?

En enlevant les restrictions artificielles, les utilisateurs seront libres d’utiliser leur matériel à son plein potentiel, et libres de combiner leurs matériels comme ils le souhaitent. Pour une grande communauté au large savoir technologique comme celle du logiciel libre, cette liberté fait ou défait les décisions d’achat.

Soutien BIOS libre

Il y a un mouvement en cours pour remplacer les BIOS propriétaires par un BIOS libre. L’effort majeur de la communauté s’est porté sur LinuxBIOS. (Cf. http://linuxbios.org.)

Comment les fabriquants de matériel peuvent-ils aider ?

Les fabriquants de matériel pourraient aider la communauté en permettant l’accès sous une licence ad-hoc à toute la documentation bas niveau matériel nécessaire au portage d’un BIOS libre sur leur matériel, et idéalement offrir un support ingénieur le cas échéant.

Les fabriquants de matériel pourraient livrer leur matériel avec un BIOS libre en lieu et place d’un BIOS propriétaire. La communauté du logiciel libre favorise le matériel qui peut être totalement utilisé à l’aide de logiciel libre, depuis BIOS jusqu’au reste, et est prête à payer pour.

Comment cela améliorerait-il la situation d’un fabriquant ?

C’est du plus grand intérêt pour les fabriquants d’aider les BIOS libres, car ils offrent nombre d’avantages sur les BIOS propriétaires:

  • La plupart du code est écrit en C, cela plus facile à entretenir que l’assembleur.
  • Cela fonctionne quasi exclusivement en mode 32-bit protégé.
  • Plutôt que dans la continuité des décisions de design faites dans les années 70, cela est basé sur une architecture moderne.
  • De nouvelles fonctionnalités révolutionnaires sont envisageables, comme intégrer un noyau entier dans la puce ROM.
  • Le temps de démarrage est réduit à quelques secondes, une fraction du temps pris par un BIOS propriétaire moyen.
  • Le fabriquant n’est pas dépendant d’un fabriquant de BIOS propriétaire pour tout changement et réparation dans le code.
  • Puisque cela est sous licence GPL, il n’y a pas de brevets ou royalties, ou frais de licence.

La taxe Microsoft

Il est presque impossible d’acheter du matériel grand public sans un système opérationnel Windows installé. Les vendeurs qui proposent effectivement de tels systèmes découragent généralement leur achat en les cachant. Les vendeurs qui pré-installent GNU/Linux ne le font que sous la forme d’une option pour le choix du système opérationnel. Dans aucun des cas les vendeurs ne proposent une remise, bien qu’augmentant leurs marges en n’incluant pas de license OEM Microsoft.

Comment les fabriquants de matériel peuvent-ils aider ?

  • Les vendeurs pourraient proposer pas de système opérationnel comme option sur toutes leurs machines, y compris celles grand public, et plus particulièrement les ordinateurs portables.
  • Quand pas de système opérationnel’ est sélectionné, les vendeurs devraient soustraire du prix de leur système le cout d’une licence OEM Microsoft.
  • Les vendeurs pourraient proposer des distributions GNU/Linux en option sur leurs systèmes, y compris ceux grand public, et plus particulièrement les ordinateurs portables. Les fonctionnalités (comme l’ACPI) de ces systèmes devraient être testées.

Comment cela améliorerait-il la situation d’un fabriquant ?

En vendant et proposant plus de matériel libre de système opérationnel pré-installé, les fabriquants deviendraient moins dépendants de Microsoft. Des millions de personnes utilisent déjà des systèmes GNU/Linux. La communauté du logiciel libre favorisera sans doute les fabriquants qui vendent leur matériel sans soumettre les clients à la taxe Microsoft. Des couts inférieurs pour le vendeur sont synonymes de prix de vente inférieurs, et de hausse des ventes.

Gestion des droits numériques (DRM)

La communauté du logiciel libre s’oppose à l’adoption forcée des systèmes de gestion des droits numériques (DRM). Alors que les implémentations actuelles des DRM se sont révélées insécurisées, compliquées et ingérables, cette technologie anti-consommateur se déplace de plus en plus dans le matériel lui même. Traditionnellement, les fabriquants de matériel ont encouragé les utilisations innovantes des nouvelles technologies et des nouveaux médias, pas le contraire. Cette culture de l’innovation est la base pour la totalité de l’industrie du matériel informatique.

Comment les fabriquants de matériel peuvent-ils aider ?

Les fabriquants de matériel pourraient résister à la pression des entreprises des médias visant à étouffer cette culture de l’innovation, et à faire pression activement pour des lois protégeant les droits des consommateurs.

Comment cela améliorerait-il la situation d’un fabriquant ?

La communauté du logiciel libre s’amassera autour du premier vendeur protégeant les droits des consommateurs avec une offre de matériel libre de restriction. Les fabriquants qui vendent du matériel défectueux par nature verront leurs ventes et le support de la communauté diminuer.

En se tenant à distance du matériel DRM, les fabriquants resteraient aussi libres d’innover, plutôt que d’avoir à discuter de chaque nouveau produit avec le Grand Média.

Conclusion

En procédant aux changements recommandés dans ces cinq domaines (drivers logiciels libres, verrouillages BIOS propriétaires, Soutien BIOS libre, la taxe Microsoft, la gestion des droits numériques) les fabriquants de matériel contribueront à installer une relation de bénéfice réciproque avec la communauté du logiciel libre. Ils verraient leurs ventes augmenter, et la communauté du libre aurait du matériel remplissant ses exigences éthiques.

La Fondation du Logiciel Libre (FSF) est désireuse d’aider les fabriquants intéressés pour implémenter les changements proposés dans cet article. Les fabriquants ne devraient pas hésiter à prendre avantage de cette opportunité très peu explorée jusqu’à présent.

Copyright (C) 2007 Free Software Foundation, Inc., 51 Franklin Street, Fifth
Floor, Boston, MA 02110-1301, USA Verbatim copying and distribution of this
entire article are permitted worldwide, without royalty, in any medium,
provided this notice is preserved.

Commentaires

melodanslevase -

Je suis d'avis qu'il faut mieux utiliser les logiciels libres que ceux de microsoft. Mais des fois, comme tu l'indiques,on a pas trop le choix (je suis une newbie et je ne sais pas comment installer Linux ou un autre OS). Actuellement, je suis sous XP SP2, et c'est une horreur,il n'arrête pas de planter.

Or, comme je suis étudiante, microsoft me propose gratuitement Vista (comme c'est mignon :-)!): et oui "Microsoft pousse à la consommation"
Du coup, je me tâte : rester sous un OS qui plante 3 fois par jour, tenter Vista (qui d'après les échos, ne doit pas moins planter): telle est la question! Ou si tu connais une alternative, qui ne soit pas trop compliqué à installer je suis partante, et j'en ferai une bonne pub. Car on est plusieurs dans mon cas : on en peut plus de MS, mais on ne sais pas quoi prendre d'autre (hormis Mac, qui pour moi est hors budget).

Bonne continuation et vive les logiciels libres

Léo Studer - http://www.leo-studer.com

Traditionnellement, Linux avait la réputation d'être compliqué à installer et utiliser, à juste titre. Aujourd'hui, cela n'est plus vrai. L'installation de distributions Linux comme Ubuntu est devenue facile, tout comme l'utilisation quotidienne de ce type d'OS.

Je vous encourage à essayer le passage à un autre système d'exploitation, malgré la crainte (partiellement justifiée) de perdre en productivité pendant quelque temps. Mais il s'agit ici plus d'un investissement que d'une perte, car on gagne sur le long terme. Essayez cette adresse pour en savoir plus: http://www.getgnulinux.org/fr/switch_to_linux/

James -

En un certain sens, Vista est assez impressionnant ! Bonne architecture interne, interface assez claire, puissance appréciable. Au début on se dit qu'ils ont bien amélioré leur système.

Et ensuite vient la déception, très rapidement, et très profonde : jeux qui ne démarrent plus d'un coup (battlefield 2142 qui chez moi a pourtant fonctionné sous vista ne fonctionne plus sans que je sache pourquoi), obligation de redémarrer 15 fois par jour la machine (parce que les sessions ne se ferment pas la plupart du temps même quand on insiste, souvent elles se bloquent), les fenêtres de notification de mon firewall (compatible Vista pourtant) n'apparaissent que quand j'essaie de changer de session utilisateur parce que ça bloque comme ça sans prévenir, paramétrages de sauvegarde fantaisistes qui font ressembler un beau sata 320 Go à un vieil ide en bout de souffle, la déception absolue.

Sur Vista je reboote autant de fois en une seule journée que je le faisais en un mois sur xp, c'est lassant. Je ne parle même pas de la flemme de Nvidia qui fournit ses drivers au compte goutte

Léo Studer - http://www.leo-studer.com

James, merci pour votre commentaire à propos de votre expérience avec Vista, même si vous l'avez rédigé avec une fausse adresse email.

Un léger bémol: à aucun moment vous n'imaginez utiliser un système autre que Windoze. Est-ce vraiment la solution de conseiller aux gens de rester sur un système hors d'age, totalement perméable aux attaques, et très instable ?

Avez vous déjà essayé d'imaginer ce que pourrait être la vie en dehors des produits Windoze ? Je vous conseille de tenter l'expérience Linux, vous pourrez alors parler d'OS en connaissance de cause.

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